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Aider ses parents âgés sans s'oublier soi-même en route
On commence par passer un coup de fil, faire quelques courses, et un jour on réalise que la semaine entière tourne autour des parents. Penser à soi n'est pas un luxe, c'est ce qui permet de continuer à aider longtemps.
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Un jeudi soir, une amie vous propose un cinéma. Vous répondez « pas cette semaine, peut-être la prochaine ». C'est la troisième fois ce mois-ci. Entre le travail, les rendez-vous de votre mère, les courses du samedi et les appels du soir, il ne reste plus vraiment de place. Vous ne vous plaignez pas, vous faites ce qu'il faut. Mais quelque chose s'est rétréci, sans bruit.
Ce glissement est l'une des choses les plus courantes chez les enfants qui aident leurs parents. On ne décide jamais de « devenir aidant ». On rend service, puis on rend service plus souvent, puis on organise, puis on porte. Cet article ne parle pas de culpabilité, il parle de durée : comment tenir sur des mois ou des années sans s'y perdre.
Reconnaître qu'on est aidant
Beaucoup de fils et de filles ne se reconnaissent pas dans ce mot. « Je ne suis pas aidant, je m'occupe juste un peu de mon père. » Pourtant, si vous gérez ses papiers, l'accompagnez à ses rendez-vous, l'appelez tous les jours, faites ses courses ou coordonnez ce qui se passe chez lui, vous en êtes un.
Mettre un mot sur la situation n'a rien de dramatique. C'est simplement reconnaître que vous consacrez du temps, de l'énergie et de l'attention à quelqu'un, et que cela mérite d'être pris en compte. C'est aussi ce qui ouvre la porte à certains dispositifs, comme le congé de proche aidant, dont on ne pense pas forcément à se renseigner quand on se croit « juste un enfant qui donne un coup de main ».
Les signaux à repérer chez soi
La fatigue de l'aidant s'installe doucement, et c'est souvent l'entourage qui la remarque avant soi. Quelques signes méritent qu'on s'y arrête :
- On annule tout. Les sorties, le sport, les dîners entre amis passent systématiquement après.
- On dort mal. On se réveille la nuit en pensant au prochain rendez-vous, au téléphone qui pourrait sonner.
- On n'en parle plus. Ni à son conjoint, ni à ses amis, parce qu'on a l'impression de se répéter ou de peser.
- On devient irritable, avec ses enfants, ses collègues, parfois avec le parent lui-même, et on s'en veut ensuite.
- On n'a plus de temps à soi, même une heure par semaine, sans se sentir coupable.
Aucun de ces signes n'est grave en soi. Ensemble, ils disent qu'il est temps de souffler. Et si la fatigue s'installe vraiment, si le moral flanche durablement, en parler à son propre médecin est un réflexe sain : il est aussi là pour les aidants, pas seulement pour leurs parents.
Garder ses propres rendez-vous
C'est le conseil le plus simple et le plus difficile à suivre : protéger quelques moments à soi comme on protège les rendez-vous de son parent.
Concrètement, cela peut vouloir dire :
- inscrire dans l'agenda son cours de yoga, sa partie de tennis ou son déjeuner du vendredi, au même titre qu'un rendez-vous médical ;
- garder ses propres visites chez le médecin, le dentiste, l'ophtalmologue, souvent repoussées « à plus tard » ;
- s'accorder un week-end par trimestre sans aucune obligation familiale.
Ces moments ne sont pas volés à votre parent. Ce sont eux qui vous permettent de revenir disponible, patient, de bonne humeur.
Déléguer et dire non
Dans beaucoup de familles, un enfant finit par tout porter : celui qui habite le plus près, celui qui a « l'habitude », celle qui ne sait pas dire non. Ce déséquilibre s'installe souvent sans que personne ne l'ait voulu.
Déléguer, c'est d'abord en parler. Une réunion de famille, même en visio, permet de mettre à plat qui fait quoi. Le frère qui habite à 600 km ne peut pas faire les courses, mais il peut gérer les papiers, appeler les administrations, prendre le relais des appels du soir. Nous détaillons cette question dans notre article pour partager les tâches entre frères et sœurs.
Dire non, ensuite. Cela s'apprend. Quelques phrases qu'on peut dire telles quelles :
- « Cette semaine, je ne peux pas. Est-ce que tu peux demander à ta voisine, ou on décale à lundi ? »
- « Je viens samedi, mais pas dimanche, j'ai besoin de souffler. »
- « Je m'occupe des rendez-vous, mais pour les courses, on va trouver une autre solution. »
Votre parent comprendra souvent mieux qu'on ne le croit. Lui aussi préfère un enfant présent et serein à un enfant épuisé qui fait tout en serrant les dents.
Le répit : souffler pour mieux revenir
Le mot « répit » fait parfois peur, comme s'il s'agissait d'abandonner. C'est l'inverse : prendre du répit, c'est se donner les moyens de continuer.
Plusieurs formes existent, selon les situations et les territoires :
- L'accueil de jour. Votre parent passe une ou plusieurs journées par semaine dans une structure, avec des activités et de la compagnie. Pour vous, c'est une journée de liberté.
- L'hébergement temporaire. Pendant quelques jours ou quelques semaines, votre parent est accueilli dans un établissement, le temps de vos vacances ou d'une période chargée.
- Le relais familial. Un frère, une cousine, un petit-enfant devenu adulte peut prendre le relais un week-end ou une semaine.
- L'aide à domicile. Une aide pour les repas, le ménage ou les courses allège déjà beaucoup le quotidien.
Les conditions d'accès et les modalités évoluent selon les départements et changent régulièrement : le plus sûr est de se renseigner auprès de la mairie, du centre communal d'action sociale ou du conseil départemental.
Parler, à ses proches, à d'autres aidants, à son employeur
On garde souvent tout pour soi, par pudeur ou par peur d'ennuyer. Pourtant, parler fait partie des choses qui aident le plus.
À d'autres aidants. Il existe des groupes de parole et des plateformes de répit et d'accompagnement des aidants dans de nombreux territoires. On y rencontre des personnes qui vivent la même chose, on échange des astuces, on se sent moins seul. La mairie ou le conseil départemental peut vous indiquer ce qui existe près de chez vous.
À ses proches. Votre conjoint, vos amis, vos enfants peuvent entendre plus que vous ne le pensez. Leur dire simplement « en ce moment, c'est lourd » ouvre souvent des portes inattendues.
À son employeur. Beaucoup d'aidants cachent leur situation au travail, de peur d'être mal vus. Pourtant, en parler à son responsable ou au service des ressources humaines permet parfois d'aménager ses horaires, de télétravailler certains jours ou de poser des congés plus facilement. Si vous aidez un parent qui vit loin, notre article sur l'aide à distance propose aussi des pistes pour mieux concilier les deux.
Ce qu'on peut mettre en place dès ce mois-ci
- Bloquer dans son agenda un moment à soi chaque semaine, et le tenir.
- Organiser une réunion de famille pour redistribuer les tâches.
- Repérer, auprès de la mairie, ce qui existe en accueil de jour ou en groupe de parole.
- Préparer deux ou trois phrases pour dire non sans se justifier.
- En parler à une personne de confiance, ami, conjoint ou collègue.
- Reprendre ses propres rendez-vous médicaux repoussés.
Un dimanche, peut-être, vous accepterez enfin ce cinéma. Vous y penserez un peu à votre mère, c'est normal. Puis le film commencera, et pendant deux heures, vous serez juste vous.


